12/03/2012

Lettre de l'FMR N°3


LA LETTRE DE L’FMR N°3

FÉVRIER 2010


AU SOMMAIRE :

ÉPHÉMÈRES, UN TEXTE DE SARAH VENTURI PRÉSENTANT CES INSECTES « FRÈRES » DE NOTRE ASSOCIATION - MAIS AUSSI DE TOUS LES INSECTES AILÉS – AUJOURD’HUI MENACÉS PAR LA POLLUTION DE L’EAU.

EN CONTREPOINT, UNE NOUVELLE TRADUCTION DE L’ARTICLE DE PIER PAOLO PASOLINI - LE VIDE DU POUVOIR OU L’ARTICLE DES LUCIOLES - PROPOSE UNE LECTURE POLITIQUE DE LA DISPARATION D’UN AUTRE INSECTE, LA LUCIOLE. CE TEXTE EST PARUT LE 1ER  FÉVRIER 1975, IL Y A PRÉCISÉMENT TRENTE CINQ ANS AUJOURD’HUI ; IL EST PLUS QUE JAMAIS CONTEMPORAIN.


--
FÉDÉRATION MONDIALE DE RICOCHETS
41 rue de Nantes 75019 Paris



ÉPHÉMÈRES  


Début novembre 2009, suite à la parution du livre « Survivance des lucioles » de Georges Didi Huberman, je lis et traduis ‘« Il vuoto del potere » ovvero « l’articolo delle luciole»’ de Pier Paolo Pasolini, paru le 1er  février 1975 dans le journal le Corriere della sera et édité la même année dans les Scritti corsari (Ecrits corsaires), un recueil d’articles dans lesquels Pasolini livre sa pensée sur l’Italie de son époque (traduction de l’article en annexe).
Dans « L’articolo delle luciole » (l’article des lucioles), Pasolini expose les différentes formes de fascisme apparues en Italie, avec en contre point la disparition des lucioles, qu’il prend comme unité de temps et comme bioindicateur de la pensée. Le texte se divise ainsi en trois parties : avant, pendant et après la disparition des lucioles. Les insectes apparaissent comme des images du contre pouvoir  face aux différentes formes de fascisme qui se succèdent en Italie     et dont l’empire des multinationales est la dernière        manifestation. Les lucioles incarnent la singularité humaine et          la pensée poétique, en lutte avec l’univers de la consommation          devenu le modèle unique d’existence et de bonheur. Alors          que le fascisme mussolinien, malgré sa violence, n’a jamais        réussi à homogénéiser la société et à rassembler le peuple italien, le fascisme de la consommation décrit par Pasolini, lui, parvient à imposer un modèle d’hédonisme unique et centralisé, qui évince tous les autres. Ce phénomène est toujours d’actualité en Italie comme en France et bien d’autres pays, même si le terme de fascisme n’est plus approprié à mon goût. Sur la scène politique, le faciès des grosses tête a changé mais quand on cogne dessus, toujours le même son creux. Et qui,           comme Pasolini, échangerait une  luciole contre une multinationale ?       Après          l’article des lucioles, je pars à la recherche de ces                 coléoptères qui me parlent aussi du Japon, de l’enfance           et de la Vallée del Cerusa où une nuit de juillet, il y a deux ans, nous en avons surpris plusieurs essaims. Les lucioles n’ont pas complètement disparu. Le 4 novembre dans l’après-midi, l’éphémère traverse mon écran. 



L’éphémère est un insecte ailé apparu sur terre à l’âge carbonifère, il y a 280 à 350 millions d’années, après avoir survécu au cataclysme naturel qui a vu la fin des plus grandes espèces animales. Il          représente de ce fait le groupe d’insectes ailé le plus      ancien et d’un point de vue phylogénétique le groupe frère     de tous les autres ordres  d’insectes ailés. Il mesure de 3 à 40 mm et il est reconnaissable à ses deux ou trois       cerques ou « queues »,  placées au bout de l’abdomen. Son         corps est grêle et         mou. Ses ailes sont verticales au repos. Elles sont             transparentes, parfois jaunâtres ou brunâtres,                finement nervurées voire brillantes, ornées d'une tache sur leur bord avant, à l'extrémité de l'aile. Les pattes sont petites et faibles,     les yeux sont grands. Sa tête est surmontée de petites       antennes réduites à de minuscules soies. Il se développe       lui aussi dans les zones humides et doit lutter avec un milieu de vie de plus en plus hostile. Le nom d’origine         grec - ephêmeros - signifie qui dure un jour. Sa vie à l’air libre ne dure          en effet qu’une dizaine d’heures, après une vie larvaire        au contraire très longue - un à trois ans, caché  dans les fonds des fleuves, des rivières, des lacs ou des étangs. Comme ses cousins les coléoptères, les trichoptères, les diptères, et les odonates, il est    un bioindicateur   très utile pour le suivi de la qualité des          milieux aquatiques et il représente un maillon important de    la chaîne alimentaire  dans les écosystèmes d'eau douce. Il se situe eneffet entre les producteurs – les végétaux - et les consommateurs secondaires – en particulier les poissons et les oiseaux mais aussi les amphibiens, les chauves-souris, les écrevisses, les sangsues et d’autres   insectes aquatiques. Depuis une cinquantaine              d’années,      touché par la dégradation de la qualité de l’eau et la pollution en général, l’éphémère est menacé de disparaître.              Pourtant, ce poids plume qualifié   d’insecte faible et              fragile est capable de déplacer    des montagnes et de          mobiliser des populations entières,       lorsqu’il se déploie en essaims de millions d’individus.        Il arrive en effet que ses invasions perturbent la visibilité        routière et qu’une fois écoulées ses quelques heures de vie en vol, les milliers de cadavres transforment les sols en patinoires, obligeant la fermeture de ponts et de routes pendant plusieurs jours. Dans plusieurs régions      du continent américain mais aussi en Bavière, les             autorités n’ont d’autre choix que de faire appel à des           chasse-neige en plein été, pour déblayer les routes des            cadavres accumulés. De même que chaque année au Canada,            lorsque les essaims atteignent plusieurs milliards d’insectes de mai à juillet,          on dénombre après leur passage plusieurs cas de détérioration d’unités de condensation et de climatisation sur les toits des immeubles.

Ce soir j’entends les éphémères vrombir dans le ciel. Nuages gris au-dessus de ma tête. On se fait une partie de chamboule tout en écoutant Mad love de Muddy Waters.




Sarah Venturi




Annexe

« Le vide du pouvoir » ou « l’article des lucioles »
de Pier Paolo Pasolini   (5 marzo 1922 – 2 novembre 1975),   «Corriere della sera », 1er février 1975
 (Traduction : Sarah Venturi)

« La distinction entre fascisme adjectif et fascisme substantif remonte ni plus ni moins au journal « Il Politecnico », et donc à l’immédiat après-guerre… » Ainsi commence une intervention de Franco Fortini sur le fascisme (« L’Europeo, 26-12-1974) : intervention à laquelle, comme on dit, je  souscris entièrement et pleinement. Je ne peux, par contre, souscrire à son tendantieux début. En effet, la distinction entre « fascismes » faite dans le « Politecnico » n’est ni pertinente ni actuelle. Elle pouvait être encore valable jusqu’à il y a une dizaine d’années, lorsque le régime démocrate-chrétien était encore le pur et simple prolongement du régime fasciste. Mais il y a une dizaine d’années, « quelque chose » est arrivé. « Quelque chose » qui n’existait pas et qui n’était pas prévisible, non seulement à l’époque du « Politecnico », mais aussi un an avant que ça n’advienne (ou même, comme nous le verrons, pendant que ça advenait).
La vraie comparaison entre « fascismes » ne peut donc se faire « chronologiquement», entre le fascisme fasciste et le fascisme démocrate-chrétien mais entre le fascisme fasciste et le fascisme radicalement, totalement, imprévisiblement nouveau, qui est né de ce « quelque chose » advenu il y a une dizaine d’années.
Puisque je suis un écrivain, et que j’écris dans un esprit polémique, ou tout du moins que je discute, avec d’autres écrivains, que l’on me laisse donner une définition à caractère poético-littéraire de ce phénomène qui est arrivé en Italie il y a une dizaine d’années. Ceci permettra de simplifier et d’abréger notre discours (et probablement de mieux le comprendre aussi).
Au début des années soixante, à cause de la pollution atmosphérique, et, surtout, à la campagne, à cause de la pollution de l’eau (les rivières azur et les canaux transparents), les lucioles ont commencé à disparaître. Le phénomène fut  foudroyant et fulgurant.
À peine quelques années plus tard les lucioles avaient disparu. (Elles sont maintenant un souvenir, assez déchirant, du passé ; et un vieil homme, qui a un tel souvenir, ne peut se reconnaître jeune parmi les nouveaux jeunes, et ne peut donc plus avoir les même regrets qu’autrefois.)
Ce « quelque chose » qui est advenu il y a une dizaine d’années je l’appellerai donc « la disparition des lucioles ».
Le régime démocrate-chrétien a connu deux phases tout à fait distinctes, qui non seulement ne peuvent être comparées, sans leur impliquer une certaine continuité, mais qui tout bonnement sont devenues historiquement incommensurables. La première phase de ce régime (comme les radicaux ont toujours insisté justement à l’appeler) est celle qui va de la fin de la guerre à la disparition des lucioles, la seconde phase est celle qui va de la disparition des lucioles à aujourd’hui. Observons-les l’une après l’autre.

Avant la disparition des lucioles

La continuité entre le fascisme fasciste et le  fascisme démocrate-chrétien est totale et absolue. Je me tairai sur ce dont on parlait à ce sujet, encore à ce moment-là, justement peut-être dans le « Politecnico » : l’épuration ratée, la continuité des codes, la violence policière, le mépris pour la Constitution. Et je m’arrêterai un instant sur ce qui a compté après dans la conscience historique rétrospective. La démocratie, que les anti-fascistes démocrate-chrétiens opposaient à la dictature fasciste, était effrontément formelle.
Elle se fondait sur une majorité absolue obtenue par les votes d’énormes strates de classes moyennes et d’énormes masses paysannes, gérées par le Vatican. Cette gestion n’était possible par le Vatican que parce qu’elle était fondée sur un régime répressif. Dans un tel univers, les « valeurs » qui comptaient étaient les mêmes que pour le fascisme : l’Eglise, la patrie, la famille, l’obéissance, la discipline, l’ordre, l’épargne, la moralité. De telles « valeurs » (comme du reste pendant le fascisme) étaient « même réelles » : elles appartenaient aux cultures particulières et concrètes qui constituaient l’Italie archaïquement rurale et paleoindustrielle. Mais à partir du moment où elles furent élevées au rang de « valeurs » nationales elles ne purent que perdre toute réalité et devenir un conformisme d’état atroce, stupide et répressif : le conformisme du pouvoir fasciste et démocrate-chrétien.
Provincialité, grossièreté et ignorance, furent les mêmes aussi bien chez les « élites » que, à un niveau différent, chez les masses populaires, pendant le fascisme comme lors de la première phase du régime démocrate-chrétien. Les paradigmes de cette ignorance furent le pragmatisme et le formalisme du Vatican.
Tout cela apparaît clair et sans équivoque aujourd'hui, parce qu’alors les intellectuels et les opposants se nourrissaient d’espérances insensées. On espérait que tout cela ne fût pas complètement vrai, et que la démocratie formelle comptât au fond pour quelque chose. À présent, avant de passer à la seconde phase, il me faut consacrer quelques lignes au moment de transition.

Pendant la disparition des lucioles

À cette époque, la distinction entre fascisme et fascisme mise en place dans le « Politecnico » pouvait même fonctionner. En effet, aussi bien le grand pays qui était en train de se former dans le pays – c’est-à-dire la masse ouvrière et paysanne organisée par le PCI - que les intellectuels les plus avancés et les plus critiques, personne ne s’était aperçu que « les lucioles étaient en train de disparaître ». Ces derniers étaient plutôt bien informés par la sociologie (qui dans ces années-là avait mis en crise la méthode analytique marxiste) mais il s’agissait d’informations qui n’avaient pas encore été vécues et qui étaient en substance formelles. Personne ne pouvait soupçonner la réalité historique qu’aurait été le futur immédiat ; ni identifier ce que l'on appelait alors « bien-être » avec le « développement » qu’aurait du réaliser pour la première fois pleinement en Italie le « génocide » dont Marx parlait dans le « Manifeste ».

Après la disparition des lucioles

Les « valeurs », nationalisées et donc falsifiées, du vieil univers agricole et paléocapitaliste ne comptent plus tout à coup. Eglise, patrie, famille, obéissance, ordre, épargne, moralité ne comptent plus. Et elles ne servent même plus en tant que fausses valeurs. Elles survivent dans le clérico-fascisme marginal (même le M.S.I. les répudie en définitive). Les remplacent des « valeurs » d'un nouveau type de civilisation, totalement « autre » par rapport à la civilisation paysanne et paléoindustrielle. Cette expérience a déjà été faite par d'autres Etats. Mais en Italie elle est tout à fait particulière, parce qu'il s'agit de la première réelle « unification » subie par notre pays ; alors que dans les autres pays elle se superpose, avec une certaine logique, à l'unification monarchique et à l’unification
 l'unification monarchique et à l’unification ultérieure de la révolution bourgeoise et industrielle. Le traumatisme italien qui découle de la rencontre de l'« archaïsme » pluraliste et du nivellement industriel n'a peut-être qu'un seul précédent : l'Allemagne d'avant Hitler. Ici aussi, les valeurs des différentes cultures particularistes ont été détruites par l'homologation violente de l'industrialisation, avec pour conséquence la formation de ces énormes masses, non plus antiques (paysannes, artisanes) et pas encore modernes (bourgeoises), qui ont constitué le sauvage, l'aberrant, l'impondérable corps des troupes nazies.
En Italie, il se passe quelque chose de similaire et de façon encore plus violente, puisque l'industrialisation des années 70 constitue une « mutation » décisive même par rapport à celle allemande d’il y a cinquante ans. Nous ne sommes plus, comme chacun le sait désormais, face à des « temps nouveaux », mais face à une nouvelle époque de l'histoire humaine, de cette histoire humaine dont les échéances sont millénaristes. Il était impossible que les Italiens réagissent plus mal à ce traumatisme historique. Ils sont devenus en quelques années (surtout dans le centre sud) un peuple dégénéré, ridicule, monstrueux, criminel. Il suffit seulement de descendre dans la rue pour le comprendre. Mais, naturellement, pour comprendre les changements des gens, il faut les aimer. Moi, malheureusement, ce peuple italien, je l’avais aimé, que ce soit en dehors des shemes du pouvoir (au contraire, en opposition désespérée à eux) qu'en dehors des schemes populistes et humanitaires. C'était un vrai amour, enraciné dans ma façon d’être. J'ai donc vu avec « mes sens » le comportement compulsif du pouvoir de la consommation recréer et déformer la conscience du peuple italien, jusqu'à une irréversible dégradation. Ce qui n'était pas arrivé pendant le fascisme fasciste, période pendant laquelle le comportement était totalement dissocié de la conscience. Le pouvoir « totalitaire » réaffirmait et réitérait vainement ses accusations de comportement : la conscience n'y était pas impliquée. Les « modèles » fascistes n'étaient que des masques à mettre ou à enlever. À la chute du fascisme fasciste, tout est redevenu comme avant. On a vu la même chose au Portugal : après quarante années de fascisme, le peuple portugais a célébré le 1er mai comme s’il avait célébré le dernier l’année d’avant. Il est donc ridicule que Fortini antidate la distinction entre le fascisme et le fascisme de l’immédiat après guerre : la distinction entre le fascisme fasciste et le fascisme de cette deuxième phase du pouvoir démocrate-chrétien ne trouve aucune comparaison dans notre histoire mais probablement aussi dans toute l’histoire.
Mais je n'écris pas uniquement le présent article pour polémiquer sur ce point, même s'il me tient beaucoup à cœur. En réalité, j’écris le présent article pour une raison très différente. La voici.
Tous mes lecteurs se seront certainement aperçus du changement des dignitaires démocrate-chrétiens : en quelques mois, ils sont devenus des masques funèbres. C'est vrai, ils continuent à arborer des sourires radieux d'une sincérité incroyable. Dans leurs pupilles, il se grumelle une réelle et bienheureuse lumière de bonne humeur. Quand il ne s’agit pas de cette lumière de la séduction malicieuse et rusée. Ce qui semble-t-il plaît autant aux électeurs que le bonheur total. Aussi, nos puissants hommes continuent, imperturbables, d'émettre leurs verbiages incompréhensibles où flottent les « flatus vocis » des habituelles promesses stéréotypées. En réalité, ceux là sont justement des masques. Je suis sûr que, si on soulevait ces masques, on ne trouverait même pas un tas d'os ou de cendres : il y aurait le rien, le vide. L'explication est simple : il y a en réalité aujourd'hui en Italie un dramatique vide du pouvoir. Et là réside le point  important: il ne s’agit pas d’un vide de pouvoir législatif ou exécutif, pas un vide du pouvoir directif, ni, enfin, un vide de pouvoir politique pris dans n'importe quel sens traditionnel. Mais un vide du pouvoir en soi.
Comment en sommes-nous arrivés à ce vide ? Ou, mieux, « comment les hommes de pouvoir en sont-ils arrivés là » ?
L'explication est simple , encore une fois : les hommes de pouvoir démocrate-chrétiens sont passés de la « phase des lucioles » à celle de la « disparition des lucioles » sans s'en apercevoir. Pour autant que cela puisse paraître proche d’un acte criminel leur inconscience a été sur ce point absolue : ils n’on pas eu la moindre suspicion sur le fait, que le pouvoir qu’ils détenaient et géraient, n’était pas en train de subir simplement une évolution « normale », mais qu’il était en train de changer radicalement de nature.
Ces derniers se sont leurrés à l'idée que dans leur régime tout resterait tel quel ; que, par exemple, ils pourraient compter à jamais sur le Vatican, sans s’apercevoir que le pouvoir, qu’ils continuaient eux-mêmes à détenir et à gérer, ne savait plus que faire du Vatican pareil à un centre de vie paysanne, rétrograde, pauvre. Ils se sont leurrés à l’idée de pouvoir compter à jamais sur une armée nationaliste (comme justement leurs prédécesseurs fascistes), et ils n'ont pas vu que le pouvoir qu’il continuaient eux mêmes à détenir et à gérer, manoeuvrait déjà pour mettre en place de nouvelles armées, qui pour être transnationales sont presque des polices technocratiques. Et l'on peut dire la même chose pour la famille, contrainte, sans solution de continuité depuis le temps du fascisme, à l'épargne et à la moralité ; aujourd'hui, le pouvoir de la consommation lui a imposé des changements radicaux, jusqu'à l'acceptation du divorce et à présent, potentiellement, tout le reste, sans plus de limites (ou du moins dans les limites autorisées par la permissivité du nouveau pouvoir, pire qu’un pouvoir totalitaire puisque violemment totalisant).
Les hommes du pouvoir démocrate-chrétien ont subi tout cela, en croyant l’administrer et surtout en croyant le manipuler. Ils ne se sont pas aperçus qu'il s'agissait de quelque chose d’ « autre », incommensurable non seulement vis à vis d’eux mais vis à vis de toute forme de civilisation. Comme toujours (cf. Gramsci), il n'y a eu de symptômes que dans le langage. Dans la phase de transition - à savoir « pendant » la disparition des lucioles - les hommes du pouvoir démocrate-chrétien ont presque brusquement changé leur façon de s'exprimer, en adoptant un langage complètement nouveau (du reste aussi incompréhensible que le latin) - spécialement Aldo Moro - c'est-à-dire (par une énigmatique corrélation) celui qui apparaît comme le moins impliqué de tous dans les choses horribles qui ont été organisés de 1969 à aujourd'hui , dans la tentative, jusqu'à présent formellement atteinte, de conserver à tout prix le pouvoir.
Je dis « formellement » parce que, je le répète, dans la réalité, les hommes de pouvoir démocrates-chrétiens, camouflent le vide, avec leur attitude d’automates et leurs sourires. Le pouvoir réel agit sans eux et ils n'ont plus dans leurs mains que ces apparats inutiles qui ne laisse de réels en eux rien d’autre que leur funeste complet à veston croisé.
Toutefois dans l'histoire le « vide » ne peut subsister. Il ne peut être affirmé que de manière abstraite et comme absurde. Il est probable en effet que le « vide » dont je parle soit déjà en train de se remplir, à travers une crise et un redressement qui ne peut pas ne pas bouleverser tout le pays. L'attente « morbide » d'un coup d'Etat en est par exemple un indice. Comme s'il s'agissait seulement de « remplacer » le groupe d'hommes qui nous a si effroyablement gouvernés pendant trente ans, menant l'Italie à un désastre économique, écologique, urbanistique, anthropologique. En réalité, la fausse substitution de ces « têtes de bois » (non pas moins, mais au contraire encore plus semblables à une mascarade funèbre), réalisée à travers le renforcement artificiel des vieux appareils du pouvoir fasciste, ne servirait à rien (et qu'il soit clair que, dans un tel cas, la « troupe » serait déjà, par sa constitution, nazie). Le pouvoir réel, que les « têtes de bois » ont servi sans se rendre compte de sa réalité depuis une dizaine d’années - voilà quelque chose qui pourrait avoir déjà rempli le « vide » (en rendant inefficace aussi la participation possible au gouvernement du grand pays communiste qui est né au cours de la ruine de l'Italie, car il ne s'agit pas de « gouverner »). De ce « pouvoir réel », nous avons des images abstraites et, au fond, apocalyptiques : nous ne savons pas nous représenter quelles « formes » il assumerait en se substituant directement à ses serviteurs qui l’ont pris pour une simple « modernisation » des techniques. De toute façon, en ce qui me concerne (si cela a quelque intérêt pour le lecteur) que ceci soit clair : moi, la Montedison, quand bien même il s’agisse d’une multinationale, je la donnerais toute entière pour une luciole.

 

Aucun commentaire:

Publier un commentaire